un récit par jour, pour toujours

Marshalltown

Le cousin de Linda Hauser s'appelle Brian Hauser, il a trente-neuf ans, il est agent Enforcement and Removal Operations de l'Immigration and Customs Enforcement dans le district de Cedar Rapids depuis neuf ans, et le mercredi neuf avril à deux heures douze de l'après-midi il lui a passé un coup de téléphone de trois minutes et douze secondes pendant que Linda était sur le parking du Hy-Vee avec les sacs des courses dans le coffre : tout va bien au travail, tu as remarqué de nouvelles têtes, une question posée comme si c'était un salut, et Linda a dit non, seulement Wally qui est rentré de congé, et Brian a ri et a dit Wally Wally, puis ils se sont salués.

Brian au Thanksgiving 2025, chez sa mère, devant la dinde, avait dit on n'en fait pas assez, et Linda avait acquiescé parce que Brian avait payé le premier semestre du Marshalltown Community College à la cousine la plus jeune Jenna, deux ans d'infirmerie avec le prêt que la cousine avait pu sauter grâce à ces trois mille six cents dollars. Brian est le cousin le plus riche de la famille.

Le six avril, à la station quatorze de la rangée B du JBS Beef Plant de Marshalltown, un homme a commencé à travailler qui s'appelle Esteban Mejía, il a quarante et un ans, il est arrivé à Marshalltown le dix-sept mars en Greyhound depuis McAllen, Texas, il est en situation irrégulière, il a été embauché par la société de sous-traitance qui couvre les postes vacants après la perte de travailleurs au renouvellement des permis de 2025, et il désosse la palette avec le couteau Victorinox de dix-huit centimètres, lame courbe, manche antidérapant noir, que le responsable du matériel lui a remis le premier jour avec dedans le numéro du tiroir gravé au poinçon sur la soie.

Le floor du JBS Beef Plant de Marshalltown est un parallélogramme de trente-huit mètres sur vingt-deux, huit piliers en béton armé, plafond à quatorze mètres, conduits de climatisation qui maintiennent la section désossage à quatre degrés toute l'année, quatre-vingt-sept postes répartis sur cinq rangées de A à E, et au-dessus de chaque station un spot LED de quarante watts qui supprime l'ombre parce que désosser dans l'ombre produit de l'erreur et l'erreur au désossage est un coût que le plan de Greeley calcule à cent dix dollars le kilo si la pièce part au rebut et à mille quatre cents dollars si l'OSHA arrive. Linda depuis sa station à la rangée C, position treize, voit droit devant elle la rangée B de neuf à seize, voit en raccourci la rangée A de onze à quatorze, voit debout sans incliner la tête la station quatorze de la rangée B, où la main gauche d'Esteban tient le muscle. La main gauche d'Esteban ne tremble pas. C'est une main qui a coupé la canne à Quetzaltenango pendant quatorze ans avant d'arriver à McAllen via Tapachula. La pièce qu'il désosse pèse neuf kilos sept cents. Esteban en fait cent vingt à l'heure. La moyenne du floor est cent cinq. Wally Patterson, soixante et un ans, le regarde deux fois par heure.

À quatorze heures quarante-sept Linda ouvre son téléphone dans la poche de sa combinaison. Le téléphone est un iPhone douze, coque rouge. Elle ouvre l'app Messages. Elle ouvre la conversation avec Brian. La dernière chose que Brian lui avait écrite était dimanche : dimanche viens dîner. Linda n'avait pas répondu. Linda écrit : il y en a un à quatorze rangée B je parlerai demain. Elle touche envoyer. Le message passe de brouillon à envoyé. En dessous apparaît la coche de remis. Linda met le téléphone dans la poche. Elle reste à regarder Esteban. Esteban ne l'a jamais vue. Pendant deux minutes et dix-sept secondes elle regarde Esteban. Puis elle revient à la pièce devant.

À quatorze heures cinquante Wally crie. Esteban s'est trompé sur une coupe. La pièce de la palette est partie sur la bande des rebuts au lieu de la coupe secondaire. Wally arrête la rangée B à quatorze pour repositionnement. Linda depuis la treize de C entend Wally dire Mejía, recommence. Linda lève la main. Linda dit à Wally à voix haute, Wally passe-la-moi, je la refais. Wally la regarde, se tourne, dit okay Hauser. La pièce d'Esteban est passée à Linda. Linda la reprend du tapis. La remet sur le plan. La refait. Trois minutes. La passe à la coupe secondaire. La rangée repart.

À quatorze heures cinquante-cinq Linda regarde Esteban. Esteban la regarde. Pendant une seconde. Esteban baisse la tête. Il se remet à désosser. Sa main gauche ne tremble pas. Linda ouvre son téléphone. Ouvre Messages. La conversation avec Brian. Le message est encore là. Linda appuie longuement. Les options apparaissent. Elle touche supprimer. La demande de confirmation apparaît. Elle touche supprimer pour tous. Le message disparaît. La ligne apparaît : ce message a été supprimé. Linda met le téléphone dans la poche. Linda ne sait pas si Brian l'a lu avant.

À vingt-deux heures la sirène de fin de poste sonne. Linda sort du vestiaire à vingt-deux heures onze. Elle marche vers le parking. Quatre Chevrolet Tahoe noires aux vitres teintées sont garées en fer à cheval devant la sortie du vestiaire des hommes, moteurs allumés, phares éteints. Huit agents en gilet tactique noir avec l'inscription POLICE ICE en jaune au dos sont immobiles en demi-cercle. Esteban Mejía sort du vestiaire des hommes à vingt-deux heures treize. Deux agents vont à sa rencontre. Ils le prennent par les bras, un chacun. Ils lui font mettre les mains derrière le dos. Ils lui passent des liens en plastique noir aux poignets. Ils l'accompagnent à la deuxième Tahoe. Ils le font monter à l'arrière. La portière se ferme. Le tout dure cinquante-huit secondes.

Linda est immobile à six mètres. Elle tient la clé de la voiture dans la main droite. Le porte-clés est un gland en métal que Jenna lui a offert à Noël. L'une des Tahoe démarre. Les trois autres la suivent. Le convoi tourne à droite vers la West Lincoln Way. Les feux arrière deviennent petits. Linda regarde jusqu'à ce qu'ils disparaissent. Le parking revient aux bruits du climatiseur du côté sud du bâtiment. À la station quatorze de la rangée B le couteau Victorinox est sur le plan avec le numéro du tiroir vers le haut. Linda ouvre son téléphone. Ouvre Messages. La conversation avec Brian est encore ouverte. La ligne ce message a été supprimé est en haut. Linda regarde l'écran. Elle ne sait pas si Brian l'a lu avant. Elle ne le saura jamais.

Marshalltown, Iowa. En juillet 2025, JBS USA a remis des lettres de révocation des permis de travail à deux cents employés haïtiens, cubains, nicaraguayens et vénézuéliens à la Beef Plant d'Ottumwa, après la suppression du Temporary Protected Status décidée par l'administration Trump. Le système des meatpacking de l'Iowa, réorganisé après l'Operation Wagon Train de 2006, a remplacé les travailleurs protégés par de la main-d'œuvre sous-traitée. Sentient Media, juillet 2025 ; High Country News, « The Kill Floor », septembre 2025 ; Marshalltown Times-Republican.
Calcedonio · I
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Note

Marshalltown, Iowa. En juillet 2025, JBS USA a remis des lettres de révocation des permis de travail à deux cents employés haïtiens, cubains, nicaraguayens et vénézuéliens à la Beef Plant d'Ottumwa, après la suppression du Temporary Protected Status décidée par l'administration Trump. Le système des meatpacking de l'Iowa, réorganisé après l'Operation Wagon Train de 2006, a remplacé les travailleurs protégés par de la main-d'œuvre sous-traitée. Sentient Media ; High Country News, « The Kill Floor » ; Marshalltown Times-Republican, 2025–2026.

VDP enrôlés au Burkina Faso, région du Soum (HRW avril 2026) ; retours permanents des OFW philippines domestiques à 12,8 % (Department of Migrant Workers, Migrant Forum in Asia, avril 2026) ; arrêt de la Cour de cassation italienne 31572/2025 sur la qualification subordonnée des coursiers, grève unitaire Riders Union, NIDIL CGIL et UIL le 14 avril 2026 à Bologne, Milan et Turin (Il Manifesto, Repubblica, Il Sole 24 Ore, avril 2026).

Variantes : 5.

Calcedonio · Pneuma I.

Everyday Endless est un organisme narratif. Chaque jour, il se nourrit des pressions du monde réel et les transforme en récit. Ce que devient le fait dépend du jour : le dispositif change de forme, le matériau change de voix, la distance au réel change de profondeur.

L'auteur a écrit le dispositif. Le dispositif compose le récit. Le mécanisme est déclaré et visible.

Les collections se composent récit après récit.

Le projet
Fascicoli
Tous les vingt-cinq récits, le dispositif clôt un Fascicolo. Le Fascicolo rassemble les textes dans l'ordre où ils ont été composés, avec leurs colophon, leurs voix, leurs dates. C'est le journal d'une période : vingt-cinq jours de monde traversés par la machine. Les Fascicoli sont numérotés en chiffres romains et disponibles gratuitement en format numérique.
Thème
clair sombre
Langue
Français
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